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Luxe et blanchiment : l’angle mort de la transparence financière

Les organisations cherchant à blanchir des capitaux identifient systématiquement des secteurs refuges pour contourner les contrôles, en particulier lorsque certains environnements, à l’instar du secteur bancaire, renforcent leurs dispositifs de LCB-FT.  

Le luxe favorise l’anonymat 

Le secteur du luxe (joaillerie, horlogerie…) est l’un des secteurs où le blanchiment continue à prospérer. Il bénéficie de plusieurs atouts pour faciliter ce délit.  

à Petits objets mais grande valeur ! 

D’abord, les produits de luxe, dont la valeur peut dépasser des milliers, voire des centaines de milliers d’euros, permettent d’agir dans l’anonymat, surtout si les transactions sont réalisées via des cascades de sociétés écrans ou des prête-noms, rendant difficile l’attribution d’un bien à son véritable propriétaire.  

à Une facilité de transport et de dissimulation 

Contrairement aux capitaux financiers, aux actifs immobiliers ou aux yachts, dont les transferts sont étroitement encadrés et surveillés, les produits de luxe (montres, bijoux) circulent avec une fluidité remarquable, y compris à l’international. Ils se conservent en outre sans contrainte particulière, dans un coffre ou un simple écrin. Une montre de collection ou un diamant de quelques carats peut concentrer plusieurs centaines de milliers d’euros de valeur tout en tenant dans une poche. Peut-on sérieusement reprocher à un voyageur de porter une montre haut de gamme pour connaître l’heure ? C’est précisément là que réside leur attrait : ces actifs concentrent une forte valeur dans un format discret, aisément transportable d’un pays à l’autre, et bien moins exposé aux soupçons qu’un transfert de fonds visible ou une valise de billets. 

à Un investissement très rentable dans le temps 

Enfin, comme le constate l’avocat pénaliste Nicolas Paganelli,  posséder une collection d’art ou un portefeuille de montres rares crée l’illusion de respectabilité, dissimulant l’origine douteuse des fonds.  Contrairement aux monnaies volatiles, les pièces de haute horlogerie (comme certains modèles Rolex ou Patek Philippe), les pierres précieuses, ainsi que les tableaux, conservent ou augmentent leur valeur avec le temps devenant de véritables « monnaies parallèles ». 

Une législation contraignante… 

Le luxe fait évidemment partie des critères d’assujettissement à la LCB-FT. Rappelons que le Code monétaire et financier assujetti aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement des activités terroristes, les personnes qui négocient des œuvres d’art et des antiquités ou agissent en qualité d’intermédiaires, celles qui acceptent des paiements en espèces ou au moyen de monnaie électronique d’un montant supérieur à 10 000 euros, ainsi que « les personnes se livrant à titre habituel et principal au commerce de métaux précieux ou de pierres précieuses, lorsque la valeur de la transaction ou d’une série de transactions liées est d’un montant égal ou supérieur à 10 000 euros. » 

… Et des sanctions dissuasives ! 

Le non-respect de ces obligations peut entraîner des conséquences graves pour les professionnels : sanctions pénales (jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende), administratives (jusqu’à 5 millions d’euros ou 10% du chiffre d’affaires), ainsi que des interdictions d’exercer et des atteintes à la réputation. Malgré les dispositions règlementaires et la perspective de sanctions, le blanchiment reste endémique. Selon une étude publiée en janvier 2026 par l’organisation Transparency International, plus de 98 % des produits du crime en Europe ne sont ni identifiés ni récupérés, et moins de 1 % sont effectivement confisqués. Les dispositifs d’identification, de saisie et de confiscation restent ainsi largement insuffisants.   

Un déficit d’informations sur les clients et l’origine des fonds 

Dans le secteur de l’art et du luxe, le nombre de déclarations de soupçons a bondi de 218 % en 2024, selon le rapport annuel de Tracfin, et de 237 % pour les métaux et pierres précieuses. Lorsque des déclarations de soupçon sont effectivement transmises par les acteurs assujettis, elles demeurent souvent insuffisamment exploitables. Les signalements manquent de structuration, l’analyse des faits à l’origine de la suspicion est fréquemment absente et les pièces justificatives ne sont pas systématiquement jointes. Autrement dit, au-delà du volume, c’est la qualité même des déclarations qui reste perfectible, limitant l’efficacité du dispositif. 

Une insuffisante sensibilisation des acteurs du luxe 

Malgré certains progrès, les professionnels du luxe restent encore éloignés des standards d’excellence en matière de LCB-FT et les efforts engagés demeurent insuffisants : une part significative des fabricants, distributeurs et importateurs de montres et de bijoux de luxe, ainsi que des acteurs de la maroquinerie haut de gamme, méconnaît encore l’étendue de ses obligations réglementaires selon les experts de la DGCCRF

Des condamnations qui entachent durablement la réputation 

Le déficit de vigilance se traduit désormais par des sanctions lourdes. En 2025, à l’issue d’une enquête de la DGCCRF, la Commission nationale des sanctions a infligé 240 000 € d’amende à une entreprise de bijouterie-joaillerie, assortis d’une interdiction d’exercer pendant douze mois. En cause : un dispositif interne de LCB-FT défaillant, des manquements dans l’identification et l’actualisation des données clients, l’absence de vigilance renforcée envers une clientèle étrangère ou politiquement exposée, ainsi que des paiements en espèces d’un montant exceptionnel, jusqu’à 300 000 € sur une seule transaction, insuffisamment contrôlés. 

Et la tendance se confirme. Début 2026, le ministère de l’Économie a sanctionné un détaillant parisien de Rolex pour manquements à la réglementation anti-blanchiment, le deuxième revendeur de la marque sanctionné en moins de trois mois. Mi-2025, le joaillier Arije avait déjà été condamné pour des ventes répétées en espèces à des dignitaires et hommes d’affaires africains. Au-delà des montants, ces décisions rappellent une réalité stratégique : en matière de LCB-FT, la sanction financière n’est qu’un volet du risque. L’atteinte à la réputation, elle, peut s’avérer bien plus coûteuse et durable. 

Conformité règlementaire : les acteurs du luxe à la croisée des chemins 

« Les professionnels du secteur ne peuvent plus se contenter de mesures superficielles. Ils doivent maîtriser sur le bout des doigts les règles LCB-FT, sous peine de sanctions lourdes, juridiques, financières et réputationnelles », rappelle Lior Delfassy, avocat associé chez Novlaw Avocats

Pour réduire ces vulnérabilités, les professionnels doivent : 

– Renforcer les dispositifs internes d’identification, via un recueil systématique d’informations sur les clients et bénéficiaires effectifs, avec une approche KYC (Know Your Customer).  

– Mettre en place un système d’évaluation des risques documenté et adapté à la clientèle internationale.  

– Former tous les collaborateurs, particulièrement les vendeurs et responsables de points de vente, aux obligations LCB-FT et à la détection des signaux d’alerte, en particulier les paiements en espèces.  

– Collaborer avec Tracfin et déclarer les transactions suspectes sans délai. Le fait que le nombre de déclarations de soupçons de la part des acteurs du luxe progresse fortement est un signe positif d’une certaine prise de conscience, mais encore insuffisante face à l’ampleur du problème. 

Ces exigences deviennent difficilement soutenables à l’échelle sans outils technologiques spécialisés basées sur Intelligence augmentée permettant d’automatiser, fiabiliser et documenter l’ensemble du processus LCB-FT. 

C’est pour répondre à ces exigences réglementaires croissantes et à ces enjeux opérationnels majeurs qu’AP Solutions IO a conçu une suite de solutions technologiques innovantes, combinant expertise métier et intelligence augmentée. 

  • AP Scan est une solution « clé en main » qui automatise l’ensemble du processus de détection et simplifie la gestion des alertes, tout en renforçant l’efficacité des équipes conformité. 
  • AP Scoring, moteur d’intelligence augmentée, s’appuie sur des algorithmes puissants pour analyser les données clients et leurs transactions financières, afin d’évaluer et de noter précisément leur niveau de risque. 
  • AP Monitoring permet d’identifier, de surveiller et de signaler en temps réel les opérations suspectes grâce à un moteur avancé d’analyse comportementale. 
  • AP Filter assure la détection des sanctions internationales ainsi que l’identification des pays et devises soumis à des régimes d’embargos. 

En offrant une approche globale, évolutive et automatisée de la conformité, AP Solutions IO accompagne durablement les institutions dans la maîtrise de leurs risques, la protection de leur réputation et la sécurisation de leurs opérations, dans un environnement réglementaire en constante mutation. 

Aurélien Zachayus 
Co-Fondateur – CEO at AP Solutions IO

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