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CGP et CIF : construire un dispositif LCB-FT proportionné

Un cabinet de gestion de patrimoine ne dispose ni d’une direction de la conformité ni d’un service dédié. Il est pourtant assujetti aux mêmes obligations de fond que des structures cent fois plus grandes. La question n’est donc pas de savoir si le dispositif s’applique, mais comment le dimensionner pour qu’il s’intègre au fonctionnement réel du cabinet sans devenir une fiction documentaire.

Le dispositif doit être adapté aux moyens disponibles tout en restant conforme aux exigences réglementaires. Un dispositif court, écrit et réellement appliqué est plus solide en cas de contrôle qu’une documentation élaborée sans lien avec la pratique.

 

Ce qui ne dépend pas de la taille du cabinet

La proportionnalité s’applique à l’organisation, aux moyens et au niveau de formalisation du dispositif, en fonction notamment de la nature et du volume des activités, du profil de la clientèle et des risques auxquels le professionnel est exposé. Elle ne remet pas en cause l’existence des obligations applicables.

Les obligations LCB-FT applicables à un cabinet de gestion de patrimoine dépendent des statuts réglementaires sous lesquels il exerce ses activités. Lorsqu’il intervient en qualité de conseiller en investissements financiers ou sous un autre statut entrant dans le champ des personnes assujetties, il doit respecter les obligations LCB-FT correspondantes.

Ce que la proportionnalité recouvre réellement

La proportionnalité porte sur la charge documentaire. Un cabinet peut tenir une cartographie des risques sur deux pages quand une banque en produit cinquante. Il peut formaliser ses procédures de vigilance dans un document unique, là où une institution financière entretient un référentiel complet.

La proportionnalité ne permet pas de renoncer à l’une de ces pièces. Elle permet d’en adapter la taille et la complexité au volume de relations, à la nature des opérations et aux moyens disponibles. Un cabinet de cinq personnes sans direction de la conformité peut ainsi dimensionner son dispositif en fonction de sa structure.

Il ne peut toutefois pas le réduire à une collecte de pièces sans classification ni à une politique de principe sans trace d’application. L’organisation retenue doit toujours permettre de démontrer la réalité des diligences accomplies.

 

Dimensionner la classification des risques

La cartographie des risques LCB-FT est une obligation légale posée par le Code monétaire et financier. Elle doit identifier les facteurs de vulnérabilité propres à l’activité du cabinet, les classer selon leur intensité et justifier les mesures prises en réponse. Elle ne se réduit pas à un tableau standard rempli une fois pour toutes. Elle porte la logique qui guide chaque décision de vigilance.

Les axes utiles à un cabinet

Une cartographie adaptée à un cabinet de gestion de patrimoine peut se structurer autour de trois axes, à savoir la clientèle, les produits et services distribués ainsi que les zones géographiques. Un client résidant en France, dont le patrimoine est détenu en France et dont la situation est simple, présente un profil de risque faible.

les axes utiles à un cabinet
 

Un client résident fiscal à l’étranger, dont le patrimoine est réparti dans plusieurs juridictions et qui exerce un mandat électif ou une fonction dirigeante, appelle une vigilance renforcée. La cartographie ne décrit pas tous les cas. Elle pose les critères qui permettent de les classer au cas par cas.

Les produits et services entrent également dans l’analyse. Un contrat d’assurance-vie en euros détenu depuis vingt ans présente un profil différent de celui d’un versement important en unités de compte suivi d’un rachat rapide. La cartographie précise à quel moment une opération sort du cours habituel et justifie un réexamen.

La mise à jour et sa trace

La cartographie doit être réexaminée régulièrement et actualisée lorsque des évolutions significatives de l’activité, de la clientèle, des risques ou du cadre applicable le justifient. Les différentes versions doivent permettre de retracer les mises à jour effectuées. Lors d’un contrôle, un cabinet qui produit une cartographie datée de l’année en cours, cohérente avec son activité réelle et portant la trace d’une révision présente un dispositif tenable. Ce n’est pas le cas d’un document figé depuis trois ans et dépourvu de toute mention de réexamen.

 

Le criblage : le point où le manuel décroche

Le criblage consiste à vérifier qu’un client ou un bénéficiaire effectif ne figure pas sur une liste de sanctions internationales, d’embargos ou de personnes politiquement exposées. Cette obligation s’applique dès l’entrée en relation et se prolonge pendant toute la durée de celle-ci.

L’interrogation initiale

Interroger manuellement une liste de sanctions à l’entrée en relation reste faisable, car les listes publiques sont accessibles. Le Conseil de l’Union européenne publie les mesures restrictives en vigueur, le ministère de l’Économie tient un portail dédié et le GAFI diffuse ses listes de juridictions à haut risque.

Un cabinet peut consulter ces sources dossier par dossier, conserver la trace de la vérification et archiver le résultat dans le dossier client. Le problème ne réside pas dans l’interrogation initiale, mais dans le suivi au fil du temps.

Le suivi des mises à jour

Les listes de sanctions et de personnes politiquement exposées sont mises à jour en continu. Une personne absente d’une liste en janvier peut y figurer en mars, tandis qu’un pays peut faire l’objet d’une nouvelle mesure restrictive à tout moment. L’obligation de vigilance ne se limite donc pas à un contrôle effectué lors de l’entrée en relation. La vigilance exercée pendant la relation d’affaires doit permettre de prendre en compte les évolutions pertinentes susceptibles d’affecter le statut ou le niveau de risque des clients. Pour un portefeuille important, l’automatisation peut faciliter cette surveillance et sa traçabilité.

C’est à ce stade que le traitement manuel devient intenable. Réinterroger plusieurs centaines de relations à chaque mise à jour d’une liste, tracer chaque vérification et archiver chaque résultat négatif ne peut raisonnablement s’effectuer à la main. Un dossier par ailleurs sérieux devient alors difficile à défendre, faute de trace attestant le réexamen du portefeuille ancien.

Une solution de criblage automatisée, comme nos solutions de criblage et de surveillance, permet de réexaminer le portefeuille à chaque mise à jour d’une liste, de tracer chaque vérification et de conserver la preuve de la surveillance continue. Le coût d’une telle solution doit être apprécié au regard de celui qu’entraînerait une absence de traçabilité lors d’un contrôle.

 

La clientèle patrimoniale et les personnes politiquement exposées

La clientèle d’un conseiller en gestion de patrimoine concentre statistiquement davantage de situations à examiner que celle d’un intermédiaire de crédit ou d’un distributeur de produits d’épargne grand public. Les mandats électifs, les fonctions dirigeantes, l’entourage de personnes exposées ainsi que les patrimoines détenus par des structures ou répartis dans plusieurs pays sont fréquents dans ce segment.

la clientèle patrimoniale et les personnes politiquement exposées
 

Ce que le statut de PPE déclenche

L’identification d’une personne politiquement exposée entraîne l’application des mesures de vigilance complémentaires prévues par la réglementation, notamment en matière de connaissance de la relation, d’origine du patrimoine et des fonds concernés et de surveillance renforcée de la relation d’affaires.

Un cabinet ne peut se contenter de collecter les pièces d’identité et de faire signer une fiche KYC standard. Il doit démontrer qu’il a compris la situation patrimoniale, vérifié la cohérence entre les revenus déclarés et les montants investis, puis conservé la trace de ses vérifications. L’enjeu des personnes politiquement exposées dans la lutte contre le blanchiment d’argent justifie cette exigence.

Les proches et l’entourage

La qualification de personne politiquement exposée s’étend aux membres de la famille proche et aux personnes connues pour être étroitement associées. Un client peut ne pas être lui-même une PPE, mais relever de cette catégorie en raison de son lien avec une personne exposée. La vérification ne se limite donc pas au client direct. Elle porte également sur les bénéficiaires effectifs, les mandataires et les ayants droit économiques.

Les patrimoines transfrontaliers

Un patrimoine détenu en partie à l’étranger, un client résident fiscal hors de France ou une opération impliquant des fonds provenant d’un pays tiers appellent une vigilance accrue. Le cabinet doit vérifier que le pays d’origine des fonds ne figure pas sur les listes du GAFI ou de l’Union européenne, puis conserver la trace de cette vérification.

La clientèle patrimoniale transfrontalière ne présente pas systématiquement un risque élevé. Elle donne néanmoins lieu à des situations dans lesquelles le risque doit être apprécié au cas par cas et pour lesquelles la vigilance simplifiée ne s’applique pas.

 

Ce qui ne se délègue pas

Un cabinet peut s’appuyer sur une plateforme, un groupement ou un back-office mutualisé pour collecter les pièces, effectuer le criblage, assurer l’archivage et produire les dossiers de conformité. Notre partenariat dédié aux CGP illustre cette possibilité d’accompagnement structuré. Le professionnel peut confier certaines tâches opérationnelles à un prestataire ou s’appuyer sur un tiers dans les conditions prévues par la réglementation. Il demeure toutefois responsable du respect de ses obligations LCB-FT et des décisions qui lui incombent.

Ce qu’une plateforme peut porter

Une plateforme peut prendre en charge plusieurs fonctions opérationnelles :

  • l’interrogation automatisée des listes de sanctions et de personnes politiquement exposées ;
  • le suivi des mises à jour ;
  • l’archivage sécurisé des pièces justificatives pendant cinq ans ;
  • la production des rapports de conformité et la mise à disposition des dossiers en cas de contrôle ;
  • la fourniture d’une interface de saisie et d’alertes en cas de correspondance avec une liste ;
  • la conservation d’un historique complet des vérifications réalisées.

Ces fonctions relèvent de l’outillage et peuvent être externalisées. Une plateforme peut signaler une correspondance ou fournir les éléments nécessaires à son analyse ; il appartient au professionnel de traiter cette alerte et, lorsqu’une mesure de gel est applicable, de mettre en œuvre les obligations correspondantes.

Ce qui reste au professionnel

Le professionnel reste responsable de l’appréciation du risque, de la décision de poursuivre ou non la relation et de sa capacité à produire les preuves lors d’un contrôle. Une plateforme peut lui signaler qu’un client figure sur une liste de sanctions. Elle ne peut pas décider à sa place s’il doit geler les avoirs, refuser la relation ou appliquer la vigilance approfondie et ses déclencheurs.

Le professionnel reste assujetti aux obligations LCB-FT. La délégation de tâches ne transfère pas la responsabilité en matière de conformité. En cas de contrôle, c’est à lui, et non à la plateforme, qu’il revient de justifier ses décisions.

 

Constituer un dossier tenable pour un contrôle

Un dossier de conformité doit permettre au professionnel de justifier ses diligences auprès de l’autorité ou de l’organisme compétent au regard du statut sous lequel il exerce. Il contient les éléments suivants :

  • une politique écrite et datée ;
  • une cartographie des risques mise à jour dans l’année ;
  • les procédures de vigilance proportionnée ;
  • les fiches clients, accompagnées des pièces d’identité et de la qualification du risque ;
  • les traces de criblage à l’entrée en relation et les preuves du suivi dans le temps ;
  • les preuves de conservation pendant cinq ans.

Un dispositif proportionné n’est pas un dispositif minimal. Il s’agit d’un dispositif adapté, appliqué et traçable. Ce que coûte réellement la non-conformité se mesure en sanctions administratives, en risque de retrait d’agrément et en perte de crédibilité.

Un cabinet qui peut justifier qu’il a classé ses clients, criblé son portefeuille, suivi les mises à jour des listes et conservé les preuves présente un dispositif défendable. À l’inverse, un cabinet qui ne peut produire aucune trace de ces diligences ne peut pas défendre la solidité de son dispositif.

 

Questions fréquentes

Un CGP est-il soumis aux obligations LCB-FT ?

Oui. Les conseillers en gestion de patrimoine et les conseillers en investissements financiers sont des professionnels assujettis. Ils doivent identifier leurs clients et les bénéficiaires effectifs, classer chaque relation selon un niveau de risque justifié, exercer une vigilance proportionnée, effectuer un criblage au regard des listes de sanctions et de personnes politiquement exposées, puis déclarer leurs soupçons.

La taille du cabinet change-t-elle les obligations ?

Elle change les moyens, mais pas le principe. La proportionnalité porte sur l’organisation du dispositif, notamment sur la longueur des procédures, la fréquence des contrôles internes et le degré d’automatisation. Elle ne porte pas sur l’existence des obligations. Un dispositif court, écrit et réellement appliqué est plus solide en cas de contrôle qu’une documentation élaborée sans lien avec la pratique du cabinet.

Pourquoi la clientèle patrimoniale appelle-t-elle une attention particulière ?

Elle concentre statistiquement davantage de situations à examiner, parmi lesquelles les mandats électifs, les fonctions dirigeantes, l’entourage de personnes exposées et les patrimoines détenus par des structures ou répartis dans plusieurs pays. Le statut de personne politiquement exposée n’interdit aucune relation. Il déclenche une vigilance renforcée, qui doit être documentée dans le dossier.

Peut-on déléguer sa conformité LCB-FT à une plateforme ou à un groupement ?

Une plateforme, un groupement ou un back-office mutualisé peut prendre en charge certaines tâches, comme la collecte des pièces, le criblage et l’archivage. Le professionnel reste assujetti et responsable de ses diligences. L’appréciation du risque, la décision de poursuivre ou non la relation et la capacité à produire les preuves lors d’un contrôle ne se délèguent pas.

Où le traitement manuel montre-t-il ses limites ?

Le traitement manuel montre ses limites lors du réexamen du portefeuille. Interroger une liste de sanctions à l’entrée en relation reste faisable à la main. Suivre les mises à jour de ces listes pour plusieurs centaines de relations existantes ne l’est pas. Un dossier par ailleurs sérieux devient alors difficile à défendre, faute de trace attestant le réexamen du portefeuille ancien.